#Interview

Interview : Vadim Vernay

2 Nov 2020

Vadim Vernay est probablement l’un des artistes les plus passionnants de notre région (au moins!). Oeuvrant d’abord dans la musique électronique il a été découverte du Printemps de Bourges en 2006. Depuis, son parcours musical a pris des chemins différents. Aujourd’hui la voix prends de plus en plus de place et la musique électronique a quasiment disparu. Rencontre avec cet artiste hors norme que nous recevons ce trimestre en résidence.

Alors que tes débuts penchaient plutôt vers l’abstract hip-hop et l’electronica, depuis ton dernier album ta musique s’éloigne de la musique électronique avec une grande présence de la voix et du songwriting. Comment analyses-tu cette évolution ?

Je crois que la musique n’a jamais été une fin en soi… C’est dans la musique que j’ai le plus travaillé, mais j’aurais pu tout aussi bien finir peintre, écrivain ou photographe. L’essentiel pour moi, ça a toujours été d’arriver à m’exprimer et à transmettre et j’avoue qu’au bout d’un certains temps je me suis sentie coincé par l’abstract hip-hop et l’electronica. En tout cas je n’arrivais pas à aller au bout de ce que je voulais exprimer. Je me suis d’abord affranchie des samples (qui ont quand même été une très bonne école), pour chercher à m’exprimer toujours plus à travers la musique. Et puis un jour j’ai posé les premiers mots sur cette musique et j’ai sentie qu’il était là mon espace d’expression.

Tu es en train de préparer ton quatrième album depuis 2006. Est-il dans la même lignée que It Will Be Dark ton dernier album, qui amorçait l’évolution dont nous parlions ? Comment le décrirais-tu ?

C’est marrant, on me pose souvent cette question… It Will Be Dark a surpris, parce qu’amener mes textes et ma voix sur ce que je composais c’était un virage radical. Mais j’étais encore timide face à tout ça, un peu comme sur un premier album.

Sur le prochain, lorsqu’on a commencé à travailler ensemble avec Hugo Cechosz – le réalisateur de l’album – et qu’en plus des maquettes je lui ai envoyé toutes les paroles, il m’a tout de suite dit « on est donc sur un album de voix ».

Donc oui, ça va dans le même sens, mais la démarche des deux albums est totalement différente. Sur It Will Be Dark, j’avais besoin de tout controller, de tout écrire dans le moindre détail, avec au final très peu de marges de manoeuvre.

Sur le prochain album, c’est presque tout l’inverse. J’ai écris les textes, mais à quelques exceptions près, la musique sur les maquettes était ultra dépouillée, pour laisser un espace à Romain Caron et Louis Morati, les deux musiciens qui m’ont aidé à arranger certains morceaux. Pour laisser également une place à Hugo Cechosz à la réalisation. Je voulais éviter de figer les choses dès le début.

Comment vois-tu la retranscription scénique de cet album ?

Mes albums sont des puzzles plutôt complexes. Je ne fonctionne pas avec une même batterie sur tout un album. Pareil pour les autres instruments. En fonction de chaque morceau, le rôle, le son, la place des instruments changent.

Sur la tournée d’It Will Be Dark, il fallait une formule légère mais je voulais rester très fidèle à la richesse de l’album. On avait donc recours à beaucoup de sampling en temps réel et l’ordinateur était un peu le quatrième membre du groupe.

Sur mon nouvel album, j’ai tellement évité de figer les choses, que ça laisse beaucoup plus de souplesse sur la façon d’aborder les morceaux en live. A la base des morceaux de l’album, il y a des chansons, du coup même si on retire tel son, telle ligne d’instrument, on a toujours la chanson qui reste, ça pourrait être en piano solo ou en quatuor…

Une chose est sûre, c’est que je voulais absolument éviter l’ordinateur sur scène. Je voulais avant tout que « ça joue ». On est donc quatre maintenant, mais sans ordinateur.

On dit de plus en plus que le format album est contradictoire avec la façon dont on « consomme » de la musique aujourd’hui. Quel est ton rapport à ce format ?

J’avoue, je suis resté bloqué sur le format album… J’ai beaucoup de mal à écouter des titres isolés. En général je les oublie très vite et si je ne les oublie pas, j’attends l’album avec impatience. C’est très frustrant pour moi de ne pas savoir ce qu’il y a avant un morceau et ce qui vient après. Le premier morceau d’un album et le dernier se savourent tellement différemment.

Mais j’ai l’impression que cette question de l’album versus un titre c’est un peu un faux problème. Ca fait déjà pas mal de décennies que les deux modes de consommation coexistent. Un artiste et son label peuvent très bien décider d’exploiter une oeuvre au titre par titre même si la finalité sera un album. Pour moi il n’y a pas vraiment de contradiction. Mais c’est vrai que ce sont deux logiques très différentes, aussi bien en tant qu’auditeur qu’en tant qu’artiste ou label.

En tant qu’artiste, le format album est celui que je préfère. Car il laisse du temps. Ensuite, quand il m’arrive de produire au titre comme pour le remix de Camilla Sparksss, par exemple, c’est génial aussi, on se sent un peu plus léger.

En parallèle de ton projet solo tu travailles aussi pour le théâtre avec la Compagnie du Berger, peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?

Olivier Mellor, le metteur en scène est venu me voir un jour pour créer la musique et l’univers sonore d’une pièce de théâtre qu’il voulait monter et qui se passait dans une usine automobile des années 60.

J’ai toujours beaucoup aimé composer pour l’image, pour le théâtre ou la danse. C’est un espace d’experimentation génial. Alors là, avec le cadre sonore d’une usine automobile, j’ai tout de suite eu des choses en tête. Le texte de Robert Linhart, L’Etabli, a fini de convaincre.

Ce projet est une expérience vraiment incroyable. L’équipe, d’une quinzaine de personnes, le fait de jouer la musique live, et de passer du théâtre au pur concert en un clin d’oeil, la scénographie en acier qui pèse littéralement des tonnes… Et puis la tournée, plus d’une centaine de représentations déjà, dont un Avignon totalement hallucinant avec salle comble quasiment tous les jours !

Est-ce que tu as un souvenir de Grange à Musique que tu veux partager ?

Ca fait déjà quelques années que la Grange à Musique nous soutien et accueille le projet Vadim Vernay en résidence. Je me souviens de la toute première résidence. L’équipe arrive, on décharge, on s’installe et puis on nous ouvre les loges.

Là il y avait un affichage, quatre cinq panneaux qui présentaient l’historique de la Grange. Ca devait être un anniversaire. Je parcours les panneaux, et là je tombe sur une image d’un concert. C’était Vic Chesnutt, qui était passé ici quelques années plus tôt. C’est un artiste que j’admire beaucoup mais que je n’ai malheureusement jamais eu la chance de voir en concert. Du coup c’est l’image à laquelle je repense toujours quand je reviens à la Grange.

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